[œil du passager] Sueur froide par [ATCHAM Aposto]

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– Tu vois, ça fait deux trous, tu as vraiment de la chance. La chambre à air de ta moto est originale. Si c’était les kpayoo (faux) que nous avons dans ce village, tu allais faire un grave accident. Monsieur, ton pneu est neuf. Je vais te conseiller de faire « toobless ».
– C’est quoi tu appelles comme ça ? Avais-je demandé.
Le vulcanisateur me proposait une façon de travailler mon pneu pour qu’il ne prenne pas de chambre à air. C’est du nouveau m’a-t-il annoncé.
– Ça va prendre combien de temps ? Il m’a rassuré que ça prendra qu’un quart d’heure. Alors je lui ai dit de le faire.
J’ai sorti mon sac à dos, puis j’ai posé mes fesses sur un tronc d’arbre faisant office de siège dans cet atelier de mécanique de fortune. Un instant après un monsieur a salué puis il s’est approché de moi. Il m’a demandé s’il pouvait me parler en privé. Qu’est ce que ce parfait inconnu voudrait me dire. Peut être me demander de l’argent comme le font tous les mendiants. Mais ce dernier de par son costume n’en n’est pas un. Bon de toutes les façons, s’il veut me faire du mal, il y’a trop de monde autour de nous. Il n’oserait. Voilà toutes les réflexions que je me suis faite dans ce cours instant. Il m’a salué de nouveau et il a décliné son identité. J’hésitais à lui donner mon vrai nom. Le mensonge la remporté. Je lui ai donné un faux nom. Il a souri puis il a dit : d’accord, tu as menti mais ce n’est pas ça l’essentiel. Devant cet exploit, j’ai eu aussitôt peur. Il m’a dit soi tranquille, tu ne me connais pas, moi non plus. Je ne suis qu’un passant dans ce village comme toi. Laisses moi te dire juste deux trucs puis je m’en irai. Écoute-moi attentivement. Tu pourras me croire ou ne pas le faire. Ma mission c’est de tirer ton attention sur certaines zones sombres de ta vie. Je vais me lancer, je ne vais pas répéter deux fois ce que je vais t’avouer, parce que ce n’est pas moi qui le dit, je ne suis qu’un intermédiaire. Il m’a demandé de lui donner ma main droite. Aussitôt, ses yeux ont changé de couleur. Puis il a commencé à parler. Je ne devais pas l’interrompre sous aucun prétexte, ni lui poser de questions à cet instant de transe. C’était une autre voix qui me parlait à présent.
– Ils te saluent, tu as un bon cœur. Tu as été tenté déjà deux fois. Le troisième accident de moto serait la bonne. Comme ils ne pouvaient pas t’affronter individuellement, ils se sont ligués. Ils ont creusé ta tombe. Ils ont mangé une bonne partie de ta chaire. Ton âme a été enterrée sous un bananier mâle depuis trois jours. Présentement c’est ton corps qui circule. Pauvre garçon, tes jours sont comptés. Ne nous demande pas qui sont-ils ? Ils sont très nombreux. Comme un gibier, délogé d’une touffe d’herbe, tu es la cible de plusieurs massues. Tu n’auras pas de répit ni à la maison ni au dehors, tu es cerné au milieu d’un feu. Nous les voyons tous, mais ils portent des masques. Nous te revoyons encore entrain d’expliquer tes problèmes à tes pires ennemies, ils se moquent de toi. Tu as été naïf pendant longtemps. Dommage que nous t’avons rencontré à cette phase cruciale. Un long silence puis ses yeux sont redevenus blancs.
Subitement l’inconnu est revenu à lui-même. Finalement ça me faisait plusieurs inconnus dans une même personne. Ma tête est devenue très lourde. Je m’imaginais dans un songe, mais c’est bien réel. J’ai eu une sueur froide. Il y’a eu trop de vérités révélées sur ma personne. Quand il a reprit son corps, il a dit de lui répéter ceux qu’ils m’ont dit tout comme s’il a raté un épisode d’un feuilleton. Je lui ai résumé les grandes lignes. Il a remué la tête puis il a dit : c’est très grave. Je lui ai demandé ce que je devais faire. Il m’a dit qu’il n’était qu’interprète, un simple messager de ces derniers qui m’ont parlé. Il n’a aucune solution pour moi. Sur ces mots, il est parti. J’ai couru le rattraper. Je lui tends un billet de 2000F. Il s’est mis en colère puis il m’a lancé sèchement. Pourquoi vous me remettez de l’argent ? M’avez- vous demandé un service ? C’est moi qui suis venu vers vous. Range ton argent. Rentre et cherche une solution à ton problème. Tes jours sont comptés. Courage ! Fais de l’aumône dès que tu arrives chez toi. Cherche confirmation de tous ceux qu’ils ton raconté et ne ferme pas les yeux. Dieu te protège !
Il s’est éloigné à grands pas. Puis il a disparu en empruntant un sentier. J’étais tout étrange, je suis revenu, vers l’atelier puis j’ai demandé s’ils connaissaient le monsieur qui venait de me parler en aparté. Personne ne l’avait vu auparavant. Le vulcanisateur a senti que j’étais perdu. Pour détendre l’atmosphère, il a voulu prendre les clés de ma moto. Je lui ai demandé ce qu’il voulait faire. Il a rit puis il a dit donnes les moi d’abord. Il a sauté sur ma moto puis il a gazé très fort en démarrant en trombe. Il est allé sur une distance de 500 m environ puis il est revenu très joyeux. Dans un cri d’extase, il dit : quand on répare une belle moto, on l’essaie ou bien ? Il a réussi à m’arracher un sourire malgré la peur qui me hantait. Donc même quand tu colles un pneu ? Avais-je demandé à ce vulcanisateur hilarant. J’ai réglé la facture du dépannage. Il faut que je continue ma route. Mais comment ? Puis que je venais d’écouter ces troublantes révélations. Surtout celle qui devait ouvrir le bal : « Tu as été tenté déjà deux fois. Le troisième accident de moto serait la bonne » cette phrase me taraudait l’esprit. Cet accident de moto est-ce aujourd’hui ? J’en ai fais déjà deux, dans des conditions inexplicables. Je suis resté encore un quart d’heure à réfléchir. Faut-il espérer une voiture pour embarquer ma moto et moi pour la suite de mon voyage ? Ou prendre le risque de la conduire quand même en sachant que j’ai été avisé. J’ai étudié la première possibilité en parlant à mon dépanneur, Puis-je trouver une voiture pour embarquer ma moto et moi sur cette voie ? Il a trouvé ma question bizarre. Ici c’est très difficile. A part les jours de marché de Bassar. Les autres jours, nos chèvres peuvent même organiser une réunion sur le goudron. Il a éclaté de rire puis il me demande. Au faite ta moto à quoi au juste à par la crevaison? Tu as peur que mon « toobless » ne marchera pas jusqu’à ta destination ? Non, ce n’est pas çà avais-je répondu.
Les derniers rayons du soleil n’avaient plus d’intensité. Ils s’apprêtaient progressivement à mourir derrière les montagnes de Malfakassa. J’étais à peine à 1km de la rivière Kamaka. J’ai demandé au vulcanisateur de surveiller ma moto pour un instant. Je devais aller au petit coin dans la brousse. J’ai marché droit devant eux, puis j’ai bifurqué par un sentier sinueux jusqu’à la rivière. J’ai coupé une feuille de teck pour en faire un petit récipient. Dans l’enfance, on en faisait plutôt des képis pour jouer au soldat. Je me suis déchaussé. J’ai marché pied nu dans l’eau jusqu’aux genoux. J’ai puisé une quantité avec mon récipient en feuille puis je suis remonté à la berge. Tout était calme, à part les chants des oiseaux et le ruissèlement de l’eau. Je me suis mis à genou puis j’ai prononcé ces paroles comme si elles m’étaient soufflées : « ATCHAM, ton petit fils est à genou ! Je sens que tu me vois, je sais que tu m’écoute. Je suis dans la tourmente c’est pourquoi je lance ce SOS. Je ne sais d’où est venu ce messager. Mais seuls les esprits peuvent communiquer. Intercède pour moi. Pense à ma fille qui vient de naitre. Je ne voudrais pas qu’elle grandisse sans moi. Tu as voulu qu’on me nomme TOM LEBA, ce qui signifie les puissantes paroles sont perdues. Mais aujourd’hui, tu dois prouver le contraire. Montre-moi que les paroles agissent et protège-moi contre tout malheur. Permet-moi de retrouver ma famille sain et sauf. Ma vie est entre tes mains » A chaque doléance, je versais quelques gouttes par terre. Le reste, j’en ai pris en trois gorgées. J’ai ramassé mes chaussures et je suis parti sans me retourner. Sorti, sur le goudron, je me suis chaussé rapidement puis j’ai couru. Un courage fou m’animait à présent. J’ai appelé m’a femme dans l’intention de lui dire que j’ai avorté mon voyage et que je revenais à la maison. Vous connaissez nos femmes ? Elles autres, ce sont des déposables qu’elles ont, pas des portables. J’ai du lui laisser un message. Je suis monté sur ma moto et j’ai fais une courte prière avant de me lancer. « Seigneur, si je meurs aujourd’hui, ça serait ta volonté. Et si je reste en vie ça serait toujours ton vouloir. Tout ce que tu fais est bon ! »

C’était l’œil du passager par ATCHAM Aposto

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